Je ne parle pas du suicide mais d'une sorte de position que je tiens depuis que j'ai lu Ferdydurke de Gombrowicz voilà maintenant quatre ans. A moins que ce ne soit une réflexion qu'il ait eue dans son journal qui m'a été rapportée par Mme ma prof de polonais. Laissez-moi vous expliquer la simplicité du concept.

 

Gombrowicz était un écrivain et philosophe aux tendances existentialistes avant qu'on nomme ce courant "existentialisme", qui a vécu et publié dans l'entre-deux guerres polonais, mais s'est surtout distingué après son émigration fortuite en Argentine, vers laquelle il se dirigeait en bateau au moment où l'Allemagne Nazie a envahi la Pologne; à quelques jours d'écarts, il était grillé, vu qu'il est parti exactement du port où est tombée la première attaque. C'est là qu'il écrit et qu'il publie dans "La culture", un journal polonais édité à Paris pour les émigrés, mais aussi en Argentine, la plupart des oeuvres qui sont le plus reconnues de nos jours de lui.

Ferdydurke avait été écrite avant l'exil. Ce nom ne veut rien dire. L'ensemble de ce livre est une ode à la jeunesse et à ses qualités contre celles de la vieillesse et de ce qu'il appelle la Maturité, un idéal inatteignable qui sert uniquement à abaisser des cibles et à justifier la domination des plus agés. 

En fait voyez-vous tout ça on s'en fout, parce que ça n'a pas de rapport direct, que c'est lié à l'histoire culturelle de la Pologne que tous ne connaissent pas et que moi-même ne sait que sous version fragmentaire, mais c'est pour faire une petite présentation du personnage.

Il était un peu cinglé, au sens où il cherchait délibérément à se disputer avec tout le monde, étant toujours en désaccord, sauf bien sûr quand il s'agissait d'être effectivement sérieux apparemment (du moins dans une vidéo que j'ai vu de lui). Bref c'était un certain personnage. Il a pressenti ou plutôt compris que la société exerçait une force aliénante sur l'individu qui le forçait à se comporter différemment de "sa vraie nature", qu'il suppose exister, cette force aliénante empêcherait l'individu d'être véritablement libre, c'est à dire seul responsable de ses actes. Simplement voilà; il ne s'agit pas uniquement d'être libre contre les autres, il faut aussi être libre contre soi.

 

Cette liberté définie par opposition, il va en effet jusqu'à dire qu'elle n'existe véritablement que si l'on est capable de se contredire totalement sans y voir le moindre problème, pour caricaturer l'idée.

 

Or j'ai tendance à être d'accord avec ce genre de pensée, qui est qu'on n'est libre que quand on s'est libéré de soi. Peut-être pas sous cette forme extrême, violente, qui nécessiterait une perpétuelle guerre contre soi et les autres, mais en tout cas dans le sens où, pour être véritablement libre, il faut se dépasser, et se dépasser, ça peut vouloir dire tuer des parties de soi. Et une des parties les plus importantes et les plus difficiles à tuer, c'est l'orgueil; enfin, celui qui est mal placé.

 

Maintenant, comment peut-on tuer une partie de soi? Soit par auto-persuasion (si c'est possible, ça me semble stupide dans la plupart des cas), soit par la raison; examiner ce qu'on est, voir ce qui défaille, voir la solution qui conviendrait même si elle ne nous plaît pas forcément ou parfaitement, identifier les raisons, englober à la fois cette vérité logique et cette impression pour les assimiler dans un tout cohérent qui change, finalement, ce qu'on peut être.

 

Au fond, c'est une sorte de processus d'amélioration personelle. Ca reste une sorte d'auto-persuasion par la logique, mais c'est plus ce que j'appellerait de l'auto-conviction: regarder en face ce qui nous déplaît, s'expliquer clairement pourquoi, voir s'il n'y a pas contradiction, éliminer ce qui pose le problème en soi si c'est possible et logique. Et quand ça l'est, ça participe de ce que j'appelle "tuer soi".

 

... faut dire que j'ai tendance à tuer beaucoup de choses en idées. J'ai dans la tête des concepts comme "tuer le père", "tuer la mère" et "tuer les enfants", tous reliés soit au monde et ce que j'en comprends, soit à la façon dont je regarde l'écriture.

 

Mais j'ai vraiment, vraiment pas envie de m'étendre là-dessus maintenant.