J'aime les hommes comme j'aime mon café. Et je déteste le café.

 

Explicitement je déteste les hommes en général. Tout un amas de désirs, de haines, de rancoeurs, de douleur, et parfois, une ou deux perles brisées et morcelées. Un peu comme s'ils avaient pris la beauté du monde pour la broyer en leur for intérieur et la réduire à un état mille fois plus haïssable, tellement laid que leur propre saleté est plus plaisante. Comme le grain de café, si luxueux, si élégant, qui finit torréfié en cette boisson immonde...

 

Je ne nie pas tout à fait qu'il existe des grands crus d'hommes. Je ne nie pas qu'il en existe à l'arôme puissant et entêtant, de ceux qui vous frottent les neurones les uns contre les autres, et qui provoquent une électricité si statique dans votre tête que vous ignorez si vos oreilles bourdonnent ou si vos cheveux s'envolent, quand ce n'est pas le coeur qui s'allume. Mais de la même façon qu'un goût prononcé devient insupportable dès qu'on y goûte un peu trop, de même ces gens finissent par vous échauffer, par vous irriter de leur puissance, dès lors qu'ils deviennent vos quotidiens; et si vous vous habituez à leur goût, c'est alors que vous êtes des leurs.

 

Le café ne se boit pas que pour son goût, et j'admets des qualités intrinsèques à cette boisson qui se retrouvent chez les hommes. Il est des cafés brûlants, qui vous réchauffent le coeur, qui vous agitent le ventre, et puis le bas du ventre, et qui vous enfièvrent; mais ils refroidissent, et finissent tièdes en plus d'être fades. Et quand parfois la chaleur est trop ardente au départ, alors on se brûle d'eux, et la fièvre cède à la douleur intense et durable.

 

Il est des cafés qui vous réveillent d'une longue torpeur, d'une profonde nuit plus noire qu'ils ne le sont eux-mêmes, et qui vous mènent vers des moments clairs et limpides où ils ne peuvent pas vous suivre. Ceux-là, on ne peut que les remercier, car il peut être dur de quitter les bras tendres du sommeil pour la violence éveillée. Et c'est vers ces hommes qu'on revient après chaque nuit du coeur, car ils savent comment craquer un crâne en deux, et le ramener à la vigueur.

 

J'ai dit que j'aimais les hommes comme j'aimais mon café. Je n'ai pas parlé des femmes.

C'est pourtant simple. Une femme ne se boit pas; elle se dévore.