Aujourd'hui, c'est suite à une altercation avec une de mes élèves que j'ai redécouvert ce que signifiait le mot croire.  Celle-ci avait pour lecture un ouvrage qui traitait d'idées que certains nommeraient occultes, que d'autres appelleraient spirituelles; pour moi, il n'était rempli que de mots. 

 

On a légèrement discuté de ce qu'il contenait, et après quelques remarques négatives de ma part sur ses pensées, elle m'a dit que mes opinions ne provenaient que du fait qu'elle lisait un livre que je trouvais faux. Mais cette réponse elle-même était loin de la vérité; loin de l'estimer comme faux ou vrai, je ne lui donnais pas de valeur sinon littéraire. Ce livre avait le bon goût d'être rempli de citations belles, et le mauvais de les détourner afin d'appuyer ses propos alors qu'il n'avaient absolument aucun rapport avec son contenu. Elle m'avait demandé avant si je croyais aux thèmes traités par l'ouvrage, j'ai répondu que non, sans pour autant nier leur existence potentielle (attitude peut-être lâche mais franche en tout cas). Quoi qu'il en soit je n'ai pas désapprouvé ses croyances, même si j'étais loin de les partager.

 

J'ai peut-être une attitude qu'on peut qualifier de faible en ce qui concerne les croyances: j'ai souvent tendance à faire comme si elles ne me concernaient pas. Ca ne m'empêche pas d'avoir une certaine admiration envers ceux qui en ont et qui les défendent, ne serait-ce que pour le principe selon lequel ils se permettent d'avoir des valeurs sans fondement et à vouloir les défendre. Il y a une certaine force dans l'irrationel, qu'il faut bien reconnaître. Mais je me demande souvent si ceux qui se disent croire sont véritablement croyants, ou s'ils ne seraient pas plutôt des rationels qui acceptent des idées qui leur ont été présentées comme vraies par des personnes, des livres, des discours d'autorité. 

 

La croyance, la vraie croyance, n'est pas une simple répétition d'un motif qui nous a déjà été présenté, mais une sorte d'individualisation de ces motifs, une assimilation comprise à la fois de l'objet qu'on défend et du fait qu'il ne repose sur rien de réel. C'est pourquoi j'ai un certain mépris pour ceux qui s'échignent à vouloir les démontrer. Dès lors qu'on retrouve des vérités réelles qui les démontrent ou qui en démontrent l'erreur, on n'est plus dans le domaine de la croyance. De même, je suis souvent agacé par ceux qui tentent de me convaincre de leur croyance. De la même façon qu'ils le ressentent en eux-même comme étant une tension sans fondement, de même si je n'ai pas la tension, je ne vais pas lui donner de fondement avec leur parole. Cela ne ferait de moi qu'un suivant, un rationel de l'autorité, et ne ferait pas de moi un croyant.

 

Par contre, à tous ceux qui admettent le principe selon lequel l'idée qui les envahit est tirée du néant, et qui le comprennent tout à fait, je porte une certaine affection et admiration. Il faut du cran pour soutenir quelque chose qui vit sans soutien. 

 

Bien sûr, cette idée de croyance rejoint en un certain sens les intuitions fondamentales dont j'ai parlé précédemment. Mais ici, croyance est un hyperronyme qui englobe ces intuitions et y rajoute d'autres idées venues par hasard dans notre esprit.

 

Quoi qu'il puisse en être, ma croyance la plus forte (et la plus stupide) est que je ne crois pas être un croyant. En quelque sorte, mes mots sonnent comme un boomerang pour me frapper au retour. Mais comme je crois aussi à l'incohérence humaine, cela ne me pose pas problème.