Alors avant toute chose: oui, j'ai tenté de lire Bergson. Non, je n'ai pas vraiment de souvenir de ce qu'il raconte sur l'intuition, si ce n'est quelques bribes que je chéris tendrement. Ici on se fout radicalement de Bergson et de sa pensée intuitionniste ou quel que soit l'adjectif artificiel accolé à cette pensée. On s'intéresse aux intuitions fondamentales.

 

Ce que j'appelle intuition fondamentale c'est une idée selon laquelle tous, chacun d'entre nous, a des idées au fond de soi qu'il estime vraies, qu'il continuera d'estimer vraies et qui ne changeront pas de sa vie entière, qui n'ont pas changées depuis le début de sa vie même si elles ont pu prendre des formes différentes, et qui peuvent difficilement être expliquées par des mots.

 

En ce sens, je viens de nier entièrement mon premier paragraphe qui voulait couper le lien avec Bergson, mais continuons.

 

Je suis curieux des intuitions fondamentales des autres, parce que j'ai du mal à vraiment saisir les miennes. Le fait que je ne puisse en avoir que des idées relativement vagues et caricaturales ne me gène absolument pas, parce que j'estime qu'à partir du moment où je suis capable de nuance moi-même, le fait que les informations dont on m'abreuve soient des blocs ne m'empêche en aucun cas de les tailler puis de les affiner pour en faire des statues.

 

(Passer par l'image, autre retour à Bergson. Bordel).

 

Donc. Je suppose que je ne suis pas le seul à avoir cette capacité presque surnaturelle à savoir de façon absolue un bout de vérité qui n'est sans doute pas démontrable. Ou qui peut être prophétique. Ou qui est conditionel. En fait, c'est le genre de bout de vérité qui fait que même quand le monde vous dit non, et par le monde j'entends la nature, j'entends que des blocs de pierre vous barrent la route et pas seulement des gens, vous ne répondez pas et vous montrez que oui. Que ce soit ostensible ou discret, vous montrez à la nature que vous vous en foutez, que des blocs de pierre, ça n'a jamais fait de mal qu'à ceux qui restent en-dessous d'eux quand ils tombent, ou à ceux qui s'y jettent, ou qui sont jetés dessus, mais que vous, vous n'êtes dans aucun de ces cas, et vous continuez. Que la rivière qui barre la route va simplement vous mouiller, que même pieds nus sur des morceaux de verre, ben vous allez souffrir, soit, mais c'est la vie, et la vôtre passe par là. Parce que c'est votre chemin, que vous savez que c'est votre chemin, et que le fait de l'avoir accompli c'est la plus grande récompense qui peut être donnée, quel que soit le "degré de réussite" une fois que vous en serez arrivés au bout.

 

Et bien entendu "vous" signifie d'abord "moi", mais n'exclut pas vraiment qui que ce soit. Mais si je prends mon exemple, même si mes intuitions ont souvent changé d'apparence, l'envie principale, le noyau directeur était resté le même. Il y a une nouvelle écorce mais c'est toujours le même arbre. 

 

C'est bête également à dire mais c'est comme ça que je perçoit vraiment l'individualité. Dans les intuitions fondamentales.

 

Bref. C'était un message qui se voulait utile.